Premier arrivé sur le marché français en 2020, le verre de freination de la myopie Miyosmart, du groupe japonais Hoya, a obtenu en juin dernier son remboursement partiel par la l'Assurance maladie. Une petite révolution pour ce dispositif médical dont l'efficacité est reconnue par plusieurs études, tout comme sur le terrain quotidien des opticiens et des patients.

Nous avons souhaité faire le point sur la pénétration du marché de ce verre avec le directeur général de Hoya Vision Care France, Jean-Michel Lambert.

 

Acuité : Combien de verres Miyosmart ont été vendus en France depuis le lancement fin 2020 ?

jm_lambert_hoya_france_verre_freination_myopie_miyosmart.pngJean-Michel Lambert, directeur général de Hoya Vision Care France : Depuis le lancement de Miyosmart en France fin 2020, plus de 200 000 enfants ont été équipés. À l’échelle mondiale, ce sont plus de 13 millions de verres Miyosmart qui ont été achetés par les parents depuis 2018.

Acuité : Observez-vous un effet du remboursement Sécu depuis juin 2025 ?

Jean-Michel Lambert : Même si le dispositif de remboursement par l'Assurance maladie n’est en place que depuis six mois, nous observons déjà une augmentation significative de la catégorie myopie et un intérêt croissant des opticiens pour la freination. Les signaux sont clairement positifs, tant pour l’accès aux soins que pour le développement du marché.
Cela confirme les conclusions d’une étude européenne publiée en 2024, qui montrait que le coût constituait le principal frein à la prescription de solutions de freination de la myopie par les ophtalmologistes. La prise en charge par la Sécurité sociale a levé une partie de ce frein.

Acuité : Miyosmart pèserait aujourd’hui 10% de votre chiffre d’affaires, qui serait d'environ  86 millions d'euros lors du dernier exercice. Est-ce que vous confirmez ces informations ?

Jean-Michel Lambert : Le chiffre d’affaires est en légère croissance, car en comparaison favorable dû aux problèmes informatiques de 2024.

Acuité : Certains opticiens observent que le remboursement via les nouveaux codes LPP est parfois moins favorable que lorsque Miyosmart passait dans la catégorie "unifocal" auprès des OCAM. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Michel Lambert : La réduction des inégalités de couverture santé est un sujet auquel nous sommes confrontés depuis le lancement de Miyosmart en 2020. Malgré cela, la grande majorité des prises en charge ont été améliorées grâce à la contribution accrue de la Sécurité sociale via le code LPP en nom de marque, ce qui réduit le reste à charge pour beaucoup d’assurés.

Il est toutefois exact que certains contrats de complémentaires n’ont pas encore été ajustés à ce nouveau schéma. Ce point a été récemment partagé avec le CEPS, car l’objectif reste bien une meilleure lisibilité et une équité de prise en charge pour les familles.

Acuité : Le prix limite de vente à 147,60 € et le prix d’achat fixe réduisent mécaniquement la marge des opticiens. Comment cette évolution a-t-elle été vécue sur le terrain ?

Jean-Michel Lambert : L’ensemble des opticiens a compris la démarche : réduire le reste à charge dans l’intérêt supérieur des enfants et de leurs familles. Nous sommes très conscients du temps et de l’expertise nécessaires pour équiper un enfant avec un verre de freination et assurer son suivi.

C’est pourquoi nous avons accompagné les opticiens distributeurs de Miyosmart avec des conditions commerciales spécifiques. Par ailleurs, nous avons déployé une formation experte, centrée sur la prévention, l’équipement et le suivi de la myopie évolutive, afin de valoriser pleinement leur rôle dans le parcours de soins.

Acuité : La complexité des codes LPP est souvent citée comme un frein : codes erronés, absents, différents selon les yeux ou le cylindre… Partagez-vous ce constat ?

Jean-Michel Lambert : Oui, ce sont des retours que nous avons également. Toute nouvelle démarche nécessite des ajustements, et ceux-ci sont actuellement en cours de discussion. L’objectif est de mieux intégrer les spécificités de la nomenclature, de la chaîne informatique et, surtout, de simplifier le rôle des prescripteurs. Il est essentiel que la complexité administrative ne devienne pas un obstacle à une solution reconnue comme efficace.

Acuité : Où sont fabriqués les verres Miyosmart ? Une production en France est-elle envisagée ?

Jean-Michel Lambert : Les verres Miyosmart ne sont pas fabriqués en France, en raison de la technologie de fabrication spécifique qu’ils nécessitent. En revanche, et en avant-première pour Acuité, nous pouvons annoncer l’arrivée d’une nouvelle génération de verres Miyosmart (technologie DIMS) à la fin du premier trimestre 2026. Une évolution majeure qui s’inscrit dans la continuité de notre engagement contre la myopie évolutive.