Quelques jours après EssilorLuxottica et GrandVision : jusqu’à 90 % de grévistes sur certains sites français autour de revendications communes sur le pouvoir d’achat, les discussions salariales ont finalement abouti à des résultats contrastés selon les entités.
Essilor
Chez Essilor, le bras de fer engagé la semaine dernière a permis d’aboutir à un compromis. « Ils ne veulent pas qu'on recommence une grève, alors ils ont cédé », résume Gilles Besia, délégué syndical CGT. Si les salariés n’obtiennent pas davantage que l’an dernier, ils ne perdent rien non plus : une augmentation générale de 60 euros est accordée aux plus bas collèges. L’enveloppe reste inférieure à celle de 2024, mais les syndicats se disent « raisonnablement satisfaits » au regard du contexte économique dans d'autres entreprises en France.
Un point central de la négociation ne portait toutefois pas sur les salaires, mais sur l’actionnariat salarié, élément constitutif de l’identité d’Essilor depuis sa création. D'après les syndicats, face à la volonté de Luxottica de réduire progressivement ce dispositif – déjà entamée ces deux dernières années – les organisations syndicales avaient fixé une ligne rouge : pas question de voir disparaître un acquis historique permettant aux salariés de participer à la création de valeur. La direction a finalement accepté un statu quo pour 2025 et repoussé la discussion à 2026. Un répit jugé indispensable pour une mesure que les syndicats décrivent comme « symbolique » et profondément ancrée dans l’ADN de l’entreprise.
Luxottica
Les négociations salariales chez Luxottica France ont également aboutie à une issue positive. Alors que la direction déclarait encore récemment, selon les syndicats, « qu’il n’y avait plus rien dans les caisses », les discussions ont finalement abouti à une revalorisation salariale (AG + AI) entre 2 et 3 %, ce que demandaient les syndicats. À cela s’ajoutent plusieurs mesures sociales fortes – pas encore détaillées publiquement – qui ont convaincu, a priori, l’ensemble des organisations syndicales de signer l’accord.
Ce changement d’attitude s’explique notamment par la mobilisation très forte sur le site de Sophia Antipolis, où près de 80 % des employés avaient participé à la grève, ainsi que par la participation exceptionnelle d’une trentaine d’attachés commerciaux, un phénomène rare. La direction s’est également montrée sensible à un autre problème soulevé par les syndicats : le tassement des grilles salariales, qui fait que des salariés comptant plus de vingt ans d’ancienneté se retrouvent rémunérés presque au même niveau que les nouveaux arrivants. Des ajustements ciblés devraient permettre de corriger cette trajectoire et de mieux reconnaître l’ancienneté.
Pour les représentants syndicaux, la grève – relayée dans la presse et fortement visible – a clairement influencé l’issue des négociations. « Ils ont entendu le message », estime Cédric Ricard, délégué syndical CGT.
GrandVision
La situation est bien différente chez GrandVision, où les discussions restent totalement bloquées. La proposition de la direction est jugée insuffisante et inférieure à celles des années précédentes (+2,3% en 2024). À l'heure où nous écrivons, aucune nouvelle date de réunion n'a été fixée, et les organisations syndicales représentatives s’orientent vers la signature d’un procès-verbal de désaccord. Sans accord majoritaire, la direction appliquera sa propre grille d’augmentations, dont les détails ne sont pour l’instant pas communiqués.
Les syndicats de GrandVision expliquent ce décalage avec les autres entités du groupe par un rapport de force moins favorable : alors que les mono-sites d’Essilor ou de Luxottica ont pu être fortement impactés par la grève, les mobilisations dans les magasins sont restées ponctuelles et trop dispersées pour produire un effet comparable. Quelques équipes ont débrayé, souvent pendant quelques heures seulement, mais la continuité d’activité a été assurée grâce à des remplacements internes. Résultat : des actions moins impactantes, et une direction qui n’a pas révisé sa position.
Une certitude demeure : ces négociations ne marquent pas une fin, mais une étape. Les attentes, notamment en matière de partage de la valeur, resteront particulièrement fortes pour le prochain exercice. Et les syndicats ne ferment pas la porte à de nouvelles mobilisations si les négociations suivantes n’apportent pas de réponses à la hauteur des performances du groupe.

Fidèles à notre fonctionnement démocratique, nos adhérents ont eu la parole tout au long des NAO. A l'issue du 2ème tour, force est de constater qu'ils sont sur la même longueur d'ondes que nos négociateurs. Le compte n'y est pas !!! Le partage de la valeur n'est pas satisfaisant !!!
Nous avons appelé inter syndicalement les salariés à la grève à la fin du 1er tour parce que les propositions de la Direction étaient scandaleusement basses, et au vu de la faible progression observée à la fin du 2ème tour, il était inconcevable pour la CFDT de dire "Ok, nous sommes satisfaits".
Donc, NON la CFDT n'est pas satisfaite et NE SIGNERA PAS L'ACCORD NAO 2026.