Réunis autour du Cnof* (Collège National des Opticiens de France), les représentants de la profession ont affiché une volonté commune : faire évoluer la formation à travers un référentiel d'activité et de compétences (RAC), dont la première version date de 2020...
Derrière cette base partagée, les lectures divergent encore sur la portée réelle de la réunion, le niveau d’aboutissement du texte et la stratégie à adopter face aux pouvoirs publics. Nous avons contacté tous les syndicats et le Cnof. 

« Un succès historique », pour le président du Cnof

Pour Philippe Majorczyk, président du Cnof, la réunion marque un tournant. « Le mot que j’ai retenu, c’était : “on est d’accord” », insiste-t-il, encore ému, disant avoir été « bluffé » par la convergence des échanges. Selon lui, « tout le monde a validé notre référentiel d’activité et de compétences » et les ajustements restants ne relèvent que de « bricoles », « un mot à la place d’un autre, une virgule à un endroit ». Au-delà de la méthode, il défend une vision claire : « arrêter cette fuite en avant du marchand de lunettes » pour renforcer « le conseil, les prises de mesures, l’écoute » et faire enfin reconnaître l’opticien comme « un professionnel de santé ».

« Il n'y a pas de quoi se réjouir », selon la Fnof

Le regard est nettement plus prudent chez Hugues Verdier-Davioud, président de la Fnof. Là où certains évoquent un consensus, lui parle d’un processus encore largement inachevé. « Il n’y a rien de signé », insiste-t-il d’emblée, rappelant que « le texte définitif n’existe pas » à ce stade. Pour lui, la réunion a davantage permis d’échanger que de trancher, et le travail reste à produire : « il va falloir que le Cnof rédige un texte définitif et qu’il soit validé par l’ensemble des syndicats ».

Au-delà de la méthode, c’est surtout la portée réelle de l’événement qu’il relativise. « Se réjouir pour se réjouir, super… mais aujourd’hui, il n’y a pas de quoi se réjouir », tranche-t-il. Une manière de dénoncer, selon lui, un emballement autour d’un document dont les évolutions par rapport aux versions précédentes restent limitées.

Mais le fond de son discours porte ailleurs : sur l’absence de vision stratégique suffisamment projetée. « Est-ce qu’on est capable d’imaginer ce que sera l’opticien dans 10 ans ? », interroge-t-il. Pour lui, il faut se projeter bien plus en avant dans l'avenir. Il appelle à assumer des évolutions plus structurantes, quitte à « créer des irritants » dans le cadre réglementaire. « Si on n’est pas capable d’assumer les irritants qu’on crée, il ne faut surtout rien réformer », prévient-il.

« Les syndicats se sont accordés sur le fond », constate le Rof

Jean-François Porte, président du Rof, se situe dans une logique d’avancée collective. « La seule possibilité pour ce dossier, c’est l’union et la cohésion », rappelle-t-il. Pour lui, oui, les syndicats se sont accordés « sur le fond » : « on doit passer en niveau licence » et « on doit sortir du BTS ». Mais il distingue clairement le travail technique du CNOF et la bataille politique à venir : « ce document n’est pas portable politiquement », il doit servir de base à un dossier retravaillé par les syndicats pour les ministères. Il faut que tous portent « le même document » afin de montrer une profession alignée.

« La réunion a permis de stabiliser des positions communes », se félicite le Synom

Du côté du Synom, Lucie Redonnet souligne d’abord la convergence de fond. « Les convergences étaient nombreuses » sur le contenu, explique-t-elle, les débats ayant surtout porté sur « la forme et la stratégie ». Elle décrit une réunion ayant débouchée sur « une voie de compromis permise par une vision proche du rôle de l'opticien », au terme d’un travail collectif. Mais elle relativise la portée immédiate du RAC : « c'est est un outil indispensable, mais il n’est pas premier dans la stratégie d’évolution de la formation ». Pour elle, le vrai enjeu reste le plaidoyer politique et la nécessité de « briser ce plafond de verre qui préside dans nos échanges avec les autorités » et freine encore l’évolution du métier.

« Aujourd'hui, on veut tous que la réforme ait lieu rapidement », se réjouit l'AOF

Enfin, Thibaud Thaëron, président de l’AOF, retient surtout une dynamique constructive. « On est tous à peu près d’accord », assure-t-il, évoquant « un accord global très avancé ». Il confirme que le document n’est pas finalisé, mais voit dans la réunion l’occasion de régler « les dernières retouches ». S’il reconnaît des désaccords d’approche, il insiste sur l’essentiel : « aujourd’hui, on veut tous bouger » et « il n’y a personne qui freine ». Sa ligne est celle des « petits pas » : avancer progressivement, sans demander d’emblée l’impossible, pour construire un message commun crédible.

Au final, tous s’accordent sur la nécessité de réformer la formation des opticiens-lunetiers. Mais entre satisfaction d’avoir rapproché les positions, prudence sur l’absence de validation formelle et débat sur le cap à tenir, la profession n’a pas encore tout à fait transformé l’essai.

Le RAC sera prochainement proposé par le Cnof aux syndicats, qui devraient s'appuyer dessus pour porter la réforme de la formation des opticiens-lunetiers auprès des pouvoirs publics dans les prochains mois. 


*Le Cnof (Collège National des Opticiens de France) a été fondé à l'initiative de la Fnof il y a près de 10 ans pour préparer la réforme de la formation des opticiens-lunetiers, dont le BTS-OL est le plus ancien de France (1997). Il regroupe des opticiens expérimentés et a produit en 2020 un premier référentiel qui a débouché sur un second en 2023 puis un troisième qui a été débattu jeudi 16 avril avec les syndicats pour servir de référence à la création d'un document que les syndicats vont porter dans les prochains mois auprès des pouvoirs publics afin de plaidoyer pour une réforme de la formation.

 

Par Victor Lassalle