Suite aux deux dernières années de crise sanitaire, on aurait pu penser que la santé allait se retrouver au coeur de l'élection présidentielle 2022. Il n'en a rien été… Le sujet a été très peu évoqué par les 11 candidats. Qui plus est, dans notre secteur, aucun n'a répondu au courrier adressé par l'Association nationale pour l'amélioration de la vue (Asnav) pour alerter sur la santé visuelle des plus jeunes ainsi qu'aux propositions du syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) pour optimiser davantage l'accès aux soins visuels. Malgré tout, la profession continue de se mobiliser et le Conseil interprofessionnel de l'optique (CIO) va envoyer aux équipes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, les 2 candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle 2022, le livre blanc de la filière santé visuelle 2030. (lire notre News : Le premier livre blanc de l'optique rassemble tous les syndicats, sur l'initiative du CIO).
À dix jours du second tour, Acuité synthétise leurs propositions clés. 

Emmanuel Macron, candidat de « La République En Marche » (LREM)

 

Généraliser le tiers payant :

Pour combattre les inégalités d'accès aux soins, Emmanuel Macron a annoncé jeudi 14 avril, vouloir systématiser le tiers payant en santé. Plus concrètement, il s'agit de la mise en place d'un tiers payant intégral (part sécu et complémentaire), selon nos confrères des Echos. En 2014, Marisol Touraine, alors ministre de la Santé, avait pris cet engagement avant d'y renoncer face au refus des médecins. Ces derniers ne souhaitaient pas batailler auprès des complémentaires pour recouvrir les fonds. 
Autre piste à l'étude par le chef de l'État : étendre l'offre sans reste à charge à l'orthodontie, après avoir mis en place le 100% Santé en optique, audio et dentaire.
Dernier sujet de réflexion : le maintien de salaire systématique en cas d'arrêt de travail. En pratique, l'entreprise serait contrainte d'avancer à son salarié en arrêt maladie les sommes qui doivent lui être versées par l’assurance Maladie au titre des indemnités journalières.

Non à la « Grande Sécu » :

S'exprimant lors d'une récente conférence de presse sur le projet de création d'une grande Sécurité sociale, Emmanuel Macron a fermé définitivement la porte à cette hypothèse. Pour autant, le candidat prône « une meilleure coordination entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les complémentaires qui jouent un rôle important » ainsi qu'une « transparence » accrue des Ocam en matière de cotisations.

Assistants médicaux et télémédecine :

Pour lutter contre le manque de praticiens, le candidat LREM souhaite généraliser les assistants médicaux. Cette solution déjà annoncée sous sa présidence est destinée à « libérer du temps médical » et pouvoir accueillir plus de patients. Il entend également développer la télémédecine et s'appuyer sur des infirmiers(ères) salariés subventionnés dans les zones sous-dotées. Autre projet pour faire face aux déserts médicaux : désigner un pharmacien ou un infirmier référent pour des actes simples, comme le renouvellement d'ordonnance. Un point déjà acté pour les opticiens. 

4e année d'internat, meilleure rémunération et un accompagnement :

Emmanuel Macron veut organiser des semestres de stages dès la 4e année d'internat de médecine dans les déserts médicaux. Opposé à l'obligation d'installation il mise sur une « politique d'incitation avec meilleure rémunération et un accompagnement en termes de logement par exemple ».

Bilan de santé :

La prévention est au coeur de son programme. Parmi les mesures proposées : instaurer un bilan de santé complet et gratuit aux âges clés de la vie (25, 45 et 60 ans) et mettre en place une détection précoce des écarts de développement pour les enfants (hyperactivité, dyslexie…). 

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN)

 

Opposition à la Grande Sécu :

La candidate s'oppose à toute forme « d'étatisation de la Sécurité sociale » et rappelle que les Français sont très attachés au modèle mutualiste. Toutefois, elle entend lutter contre les frais de gestion « excessifs » des complémentaires santé.

Tarification et télémédecine :

À l'instar de son adversaire à la présidentielle, la lutte contre les déserts médicaux occupe une place prépondérante dans son programme. Son souhait : moduler le montant de la consultation selon le lieu d'installation du médecin. Une mesure, qui semble très difficilement applicable. Parmi les autres propositions : lancer un « plan d'investissement massif » pour développer la télémédecine, augmenter le nombre de maisons de santé.

Délégation de tâches :

Accroître le « temps médical » du praticien grâce à l'élargissement des tâches confiées aux pharmaciens, sage-femmes, infirmiers, orthoptistes et assistantes sociales.

Ouvrir des places dans les facultés de médecine :

En parallèle, Marine Le Pen propose d'ouvrir un nombre de places suffisantes dans les facultés de médecine et de réduire « drastiquement » le recours aux médecins ayant obtenu leur diplôme hors de l'Union européenne. La présidente du RN estime qu'un nombre conséquent de praticiens étrangers s'installent dans les déserts médicaux. « Qui peut croire que des titulaires d'un diplôme de médecine obtenu dans un pays en développement pourront fournir la même qualité de prestations que des médecins formés en France », s'interroge-t-elle.

Redonner des moyens aux hôpitaux :

Pour remotiver les soignants et revaloriser leurs salaires, la candidate prévoit de débloquer 2 milliards d'euros sur 5 ans. Grâce à ce budget, la rémunération des infirmiers sera augmentée de 10% pour atteindre la moyenne européenne. En outre, afin d'embaucher davantage de soignants, Marine Le Pen compte fixer un plafond de 10% de personnel administratif dans les hôpitaux.

Plus de prévention à l'école :

Sur ce sujet, elle entend donner davantage de place à la prévention en rendant systématique les visites médicales scolaires.