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    La mutation de notre filière passe par l’innovation : Interview de Marc Giget, expert

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    giget_marc_02.pngEn marge du 1er Congrès Vision-Innovation, Acuité revient sur les mutations de la filière de santé visuelle. Alors que du côté de la distribution, l’activité est plutôt morose, la recherche et les scientifiques n’ont de cesse d’innover. Comment expliquer ce phénomène ? Marc Giget, président de l'Institut Européen de Stratégies Créatives et d'Innovation, nous livre son analyse. Il interviendra également le 10 février prochain à la Maison de l’Unesco aux côtés du Pr. José-Alain Sahel, directeur de l’Institut de la Vision.

    Acuité : Qu’est-ce qu’innover ?

    Marc Giget : L’innovation est un lien entre deux mondes : celui des nouvelles connaissances et technologies que celui de la société doit intégrer par des produits ou des services créatifs. Tout cela dans l’objectif d’améliorer la vie des gens, que ce soit individuellement ou collectivement. Cependant, la société est par définition complexe et la synthèse des potentialités techniques et de l’amélioration de la vie n’est pas toujours évidente.

    A. : Vivons-nous une période d’innovation particulièrement intense ?

    M.G. : L’innovation n’a de cesse de croître. Nous comptons 9 millions de brevets actifs et 14 millions de chercheurs dans le monde. Chaque année, 2 millions de brevets sont accordés et 20 millions d’articles sont publiés par le biais des 110 000 revues scientifiques qui existent.

    Cette vague d’innovation technologique a débuté par une vague d’innovation scientifique et se clôturera pas une synthèse créative pour la production de produits jamais vus auparavant. Aujourd’hui, la période est propice aux tensions car nous sommes dans une phase de destruction créative : dans un premier temps, l’innovation est plutôt destructrice d’emplois et de mœurs avant que les choses nouvelles soient intégrées aux connaissances et à la société. Actuellement, le bénéfice de l’innovation n’est pas encore ressenti par la population qui s’interroge et doute.

    A. : Peut-on alors lier « innovation » et « période de crise » ?

    M.G. : Ce sont deux phénomènes étroitement liés. Il n’y a pas de crise sans innovation et pas d’innovation sans crise. La crise se ressent à travers une stagnation, voire une baisse, du pouvoir d’achat réel. C’est là qu’arrive une vague nouvelle d’innovation car de grandes entreprises naissent généralement au cœur de ce problème économique. Ce sont elles qui porteront également la sortie de crise en allant au-devant des demandes des consommateurs. Elles vont tenter de mettre à leur disposition des produits correspondants à leurs attentes par simplification, c’est-à-dire en éliminant ce qui n’est pas nécessaire pour rebâtir la croissance. Ainsi, les produits seront rendus accessibles à tous et le moins cher possible.

    A. : Comment se positionne notre filière dans ce monde des nouvelles technologies et de la recherche ?

    M.G. : La santé constitue une priorité pour la société. Ce secteur représente aujourd’hui 14% du PNB (Produit National Brut*, ndlr) et devrait atteindre 18 à 20% dans 10 ans en conséquence de l’allongement de la durée de vie. Cependant, tout le système est en carafe au niveau financier. C’est alors à ce moment qu’interviennent les plus importantes innovations. On voit naître de nouvelles filières et des produits nouveaux, qui sont la preuve de progrès considérables.

    La santé visuelle plus particulièrement est un des secteurs les plus demandés. L’amélioration des soins et des dispositifs médicaux, comme les lunettes, ainsi que la diminution des coûts sont des priorités absolues. Cela passe par une filière d’excellence en France, qui est une référence au niveau mondiale. C’est un axe très porteur qui s’enrichit à travers une approche multidisciplinaires et multi-talents. C’est d’ailleurs pourquoi ce domaine est très actif dans la recherche et l’innovation inclusive, c’est-à-dire dont tout le monde peut bénéficier.

    A. : Comment s’adaptez aux changements/aux mutations provoqué(e)s par l’innovation ?

    M.G. : C’est toujours un défi face à une période de querelle entre les anciens / traditionnalistes et les jeunes / technophiles ! Mais la plupart des gens sont neutres : ils regardent l’innovation d’un œil assez indifférent dans l’attente des résultats. Aussi, la phase de transition technologique, que nous vivons actuellement, n’est pas la plus « rigolote ». Les belles choses arriveront à la fin avec l’amélioration de la vie. La société basculera dans un second temps en suivant les produits qui marcheront, comme par exemple avec le téléphone portable il y a quelques années.

    A. : Quel rôle les opticiens peuvent-ils jouer ?

    M.G. : Il s’agit avant tout de prendre des initiatives et d’être progressiste. Ils sont au contact de la population et font donc le lien avec la société, ce qui est un point clé. Il est important d’écouter et de comprendre son client, par son comportement et sa manière de vivre, afin de lui apporter ce dont il a besoin et dans les prix qui lui conviennent. La distribution a un rôle important à jouer, pour spécifier l’information et faire remonter les besoins aux laboratoires et chercheurs.

     

    1er Congrès Vision-Innovation en pratique : 

    Le mardi 10 février à la Maison de l'Unesco à Paris. 

    Le programme est accessible ici

    Pour vous inscrire, cliquez ici.

     

    *En économie, le Produit National Brut (PNB) correspond à la production annuelle de richesses créées par un pays, que cette production se déroule sur le sol national ou à l'étranger.

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