Lundi 7 juin, une réunion préparatoire à l'éventuelle création d'un Ordre des opticiens se tiendra à Paris. Elle se déroulera sous la houlette de Ghislain Duroy, opticien à Alençon et chef de file de cette initiative. A deux jours de cette rencontre, il revient pour Acuité sur les tenants et les aboutissants du projet.
Acuité : Malgré l'opposition ou le scepticisme des syndicats, pensez-vous qu'un Ordre des opticiens pourra réellement voir le jour ?
Ghislain Duroy : Dans mon esprit, c'est gagné sur le long terme. Certains membres du ministère de la santé, de la Haute Autorité de Santé et de l'Ordre des médecins y sont favorables. Les pouvoirs publics attendent cependant que les opticiens prouvent leur capacité à se fédérer autour d'un organe d'éthique. C'est pour cette raison que nous allons d'abord créer un Collège d'éthique professionnelle, qui sera un premier pas vers un ordre.
A. : Quel sera son rôle ?
G.D. : Ce Collège d'éthique professionnel sera avant tout chargé de rédiger une charte qui sera amenée à devenir un Code de déontologie, préalable indispensable à la création d'un ordre. Chaque adhérent à ce Collège s'engagera à respecter cette charte.
A. : Quelles seront les missions d'un éventuel Ordre des opticiens ?
G.D. :L'Ordre devra par exemple rehausser le niveau du BTS, imposer un nombre minimum d'opticiens dans le magasin en fonction de son chiffre d'affaires, défendre la profession face aux appétits des complémentaires santé... Les missions peuvent être multiples.
A. : Quels seront vos principaux obstacles ?
G.D. : Le fait que nous sommes des commerçants et pas des libéraux. Mais nous ne sommes pas que des commerçants ! Nous sommes aussi une profession de santé. La vocation de l'Ordre n'est d'ailleurs pas de s'occuper de la partie commerciale du métier, mais de sa partie "santé". Des juristes travaillent déjà avec nous sur les différentes possibilités de contourner cet obstacle juridique. Autre obstacle : l'Union européenne, qui est apparemment contre les ordres professionnels.
A. : Comment s'annonce la réunion du 7 juin ?
G.D. : Nous attendons une quarantaine d'opticiens : des propriétaires, indépendants ou sous enseigne, des salariés, venus de toute la France. Notre ordre du jour est multiple : nous allons aborder le Code de déontologie, la question de la formation, de l'examen du BTS, des réseaux mis en place par les complémentaires santé, de la vente sur Internet...
A. : Quelle sera la suite des évènements ?
G.D. : A l'issue de cette réunion, nous constituerons un dossier qui nous permettra de faire du lobbying auprès des pouvoirs publics. Nous contacterons aussi certains syndicats pour essayer d'avoir malgré tout leur appui. Nous déciderons d'une stratégie d'action et de communication.
A. : Serez-vous le président du Collège éthique professionnel puis de l'éventuel Ordre des opticiens ?
G.D. : Beaucoup le souhaitent, mais je ne suis pas certain d'être l'homme de ce poste. Je veux juste une profession "nickel" avec une vraie déontologie et j'ai voulu utiliser ma petite notoriété (Ghislain Duroy a été "Meilleur Ouvrier de France" en 2007, ndlr) pour mener ce projet. De plus, je ne suis pas représentatif de la profession : je ne propose ni deuxième paire, ni tiers-payant. Je vois à la tête de cet organisme un opticien plus âgé que moi, avec "plus de bouteille" ! Une personne qui ne soit pas représentant d'un syndicat, qui n'a pas de parti pris. Cette personne aura la lourde tâche de réunir et d'organiser les premières élections, peut-être une personne qui n'exerce plus ... Nous en discuterons aussi lundi.
