Vous souvenez-vous de l'opticien canadien Bruce Bergez ? Ce dernier a été condamné fin 2010 à un an de prison et à une amende record de 50 millions d'euros pour avoir vendu des lunettes sans ordonnance dans les 23 magasins de sa chaîne ontarienne Great Glasses. Il prend aujourd'hui la parole pour contester le fonctionnement du secteur canadien de l'optique. Hier 23 février, il a expliqué sur la chaîne CBC « pourquoi les consommateurs payent leurs lunettes bien trop cher ».
Les principales enseignes appartiennent au même groupe
CBC constate qu'une paire de lunettes peut coûter plus de 1 000 dollars (environ 744 euros), alors que « le prix de revient de la plupart des verres ne dépasse pas 10 dollars » (environ 7,40 euros). « Même les verres les plus sophistiqués sont en plastique et ne coûtent pas plus de 50 dollars à produire. Et la monture, elle est aussi en plastique, ou en métal. Il me semble étrange que le tout soit vendu pour 400, 500 ou 600 dollars », explique Bruce Bergez au journaliste. Pour l'ancien opticien, ces prix sont surtout dus au manque de réelle concurrence. « Celle-ci est illusoire : les chaînes LensCrafters, Pearle Vision, Sears Optical et Sunglass Hut (qui dominent le secteur au Canada, ndlr) sont toutes détenues par Luxottica », révèle-t-il. Les enseignes réfutent cette accusation, et justifient quant à elles leurs tarifs par le positionnement haut de gamme des griffes qu'elles proposent.
Les écarts pupillaires restent « secrets »
Bruce Bergez s'insurge par ailleurs contre la législation ontarienne qui interdit la vente de lunettes sans prescription, et contre les optométristes et opticiens qui ne communiquent pas les écarts pupillaires, ce qui freine les possibilités d'achat sur Internet. « Ces règles ne servent pas à garantir la santé publique, mais à protéger les intérêts de l'industrie », dénonce-t-il, en prenant l'exemple de la Colombie Britannique : dans cette province canadienne voisine de l'Ontario, les opticiens peuvent en effet pratiquer la réfraction pour délivrer des équipements correcteurs, et les ordonnances mentionnent les écarts pupillaires. L'Ordre des optométristes de l'Ontario ne semble pas prêt à prendre le même chemin : il explique à CNC qu'une « simple réfraction ne peut pas remplacer un examen complet de la vue, qui permettra de dépister des maladies oculaires ». Quant à l'écart pupillaire, l'organisation indique qu'il « ne s'agit pas d'une information clinique nécessaire pour la délivrance d'un équipement ».
Economie
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