Dernier congrès de la Fédération pour Alain Gerbel, qui a créé le syndicat il y a 21 ans et qui se retire à la rentrée prochaine pour laisser la place à une nouvelle équipe et Hugues Verdier-Davioud, le nouveau président de la Fnof. L’occasion de faire le bilan de plus de 2 décennies d’actions et de dresser une « feuille de route » pour les 5 prochaines années.

Formation et règles professionnelles

« Depuis sa création, la Fédération œuvre pour la mise en place d’une filière de santé visuelle centrée autour de l’opticien de santé », a déclaré Alain Gerbel. « Nous avons inventé l’opticien de santé qui aujourd’hui fait consensus dans la profession. » Pour le président du syndicat, il reste encore néanmoins beaucoup à faire. Avec 2 piliers fondamentaux pour la réforme de la profession : la formation et les règles professionnelles. Concernant le cursus de base, la Fédération propose la mise en place d’un niveau de formation bac+3 et d’une reconnaissance des acquis, avec, dans un second temps, un master qui permettrait d’accéder à l’exercice libéral, c’est-à-dire également au droit de prescription. « Mais on ne peut pas aller vers une seule destinée. Et le nouveau système doit intégrer 2 voies : un exercice simple de revendeurs, un exercice « libéral » avec une activité paramédicale reconnue », a plaidé Alain Gerbel.

Avant de rappeler : « La formation des opticiens doit se faire en faculté de santé avec un tronc commun avec les orthoptistes, mais aussi les autres professions du monde cognitif (audioprothésistes, orthophonistes...). » Une formation qui doit se poursuivre tout au long de la vie : « Nous ne pourrons obtenir de nouvelles prérogatives que si nous nous inscrivons, comme tous les professionnels de santé, dans une formation continue. »

La profession a besoin de règles professionnelles pour avoir un « code de la route », pas pour sanctionner »

Autre pilier de l’évolution du métier : l’instauration de règles professionnelles. « La profession fait déjà l’objet de règles d’exercice. Mais il nous manque des règles professionnelles. Pas pour sanctionner. Mais pour avoir « un code de la route ». Si on ne le fait pas maintenant, la profession ne pourra rien obtenir ensuite », a souligné Alain Gerbel. Des règles professionnelles organisées en 3 parties : devoirs généraux, devoirs envers les patients et devoirs envers les confrères.

La convention Cnam 2022, un premier pas vers l’adaptation en primo-délivrance

Cette nouvelle convention Cnam devra s’appliquer dès la signature du ministère de la Santé qui devrait intervenir courant avril. « C’est une fenêtre qui s’ouvre pour que les opticiens puissent trouver leur place », s’est félicité Alain Gerbel. « La convention Cnam donne la possibilité, encadrée, d’adaptation de correction en primo-délivrance ».

Avec 4 règles phares :

  • aides à la télétransmission,
  • interdiction de la réfraction en dehors du magasin,
  • mise en place d’expérimentation pour le renouvellement des équipements en zones sous-denses en ophtalmologistes en travaillant en collaboration avec des médecins généralistes,
  • adaptation de la correction en primo-délivrance.

Sur ce dernier point, la convention prévoit la possibilité pour l’opticien, lors de la première exécution d’une prescription « si la mise en situation d’usage n’est pas satisfaisante, de procéder à un examen de réfraction ». Le professionnel doit en informer le prescripteur : en cas d’accord de ce dernier et d’une mention sur la prescription initiale, l’opticien peut adapter la correction en primo-délivrance.

« Nous devons chercher des nouveaux modes de rémunération qui ne dépendent ni de l’État ni des Ocam »

Sur un marché fermé, progressivement asphyxié par le 100 % Santé et un panier libre sous contraintes tarifaires des Ocam, nous devons chercher de nouveaux modes de rémunération qui ne dépendent ni de l’État ni des complémentaires santé », a déclaré Hugues Verdier-Davioud. Cela implique pour le nouveau président du syndicat des actions de prévention et de dépistage. « L’opticien peut être un point de prévention visuelle. Par ailleurs, nous avons déjà à notre disposition des champs d’intervention : ceux qui concernent la vision au travail, le dépistage dans les écoles, en entreprise. Mais aussi, la prise en charge de la santé visuelle de nos aînés, dont on voit une ébauche avec les 2 expérimentations d’intervention en Ehpad en Centre-Val-de-Loire et Normandie. Ou encore l’examen de vue préalable à l’obtention du permis de conduire.

« Pas besoin de loi pour tout ça », a souligné Alain Gerbel. » Tout peut être abordé sous l’angle conventionnel. En répondant aux vrais besoins de la population en santé visuelle, en dépistage, en suivi, nous pouvons créer du trafic en magasin. Pour rappel, si l’on baisse la durée de renouvellement de 3 mois, on augmente de 10 % les volumes ! » Avant de conclure : « Tout est en place pour faire progresser la profession dans les années à venir. »