Lors de votre assemblée générale de mars dernier, vous avez communiqué les bons résultats du groupe en optique et en audio en 2021. Quelles sont les évolutions de CA des 3 enseignes optiques ?

À parc constant, elles enregistrent toutes les 3 une croissance de +5,6% versus 2019. La plus forte hausse est réalisée par Le Collectif des Lunetiers (ex Vision Plus) avec +13,7% suivi de Krys qui termine 2021 avec +4,8%. Seule Lynx affiche des résultats légèrement négatifs (-1,1%), liés à sa forte implantation en centres commerciaux qui, je le rappelle, sont restés fermés pendant plus de 3 mois en 2021. En audio, Krys Audition affiche +192% vs 2019. Preuve que la synergie optique-audition, ça marche ! Elle lève en particulier le frein psychologique à l’équipement.

Justement, que répondez-vous à certains audioprothésistes qui s’inquiètent d’un sur-appareillage et d’un « surmaillage » dans certaines zones ?

Pendant des années, on nous a expliqué que le prix n’entravait pas le taux d’équipement et qu’il y avait suffisamment d’audioprothésistes. La réforme 100% Santé a prouvé le contraire avec un taux d’équipement qui a progressé de façon spectaculaire en 2021. Nous ne pouvons que nous en féliciter. Krys Audition, ce sont des espaces et des centres exclusifs où les audioprothésistes ont les mêmes compétences que chez nos confrères spécialisés. Tout le reste n’est que corporatisme enrobé…

Concernant Le Collectif des Lunetiers, vous souhaitez opérer le passage d’une chaîne nationale à une marque locale et de proximité. Qu’est-ce que cela implique pour vos associés ?

Il ne s’agit plus de dupliquer un concept mais de développer une enseigne locale qui intègre les spécificités de chacun des associés. Cela implique une grande liberté dans le choix du positionnement qui peut aller du « mass market » généraliste à une approche premium, voire créateur. A chaque associé d’opter pour l’approche qui lui correspond le mieux. Quel que soit son choix, il peut bénéficier en même temps de tous les services de l’enseigne, informatique avec le logiciel Konvergence, produits avec les marques exclusives, offre industrielle « massifiée » du groupe. Pour rappel, en volume, les verres Codir (Codir, Hoya, Seiko) représentent 70% des ventes de nos associés. Je tiens à préciser que nous ne visons pas à attirer spécifiquement les opticiens indépendants. Ce sont les clients des indépendants qui doivent s’y retrouver davantage dans cette nouvelle enseigne.

Vous souhaitez « affiner » le modèle économique de Lynx Optique You Do. En quel sens ?

Lynx Optique You Do décline un concept “smart cost”. S’il est en phase avec les aspirations de bon nombre de consommateurs, il n’en reste pas moins assez clivant : les magasins ne proposent pas le tiers-payant ni de 2e paire, n’adhèrent à aucun réseau de soins. Partant de ce modèle, nous devons le rendre « consensuel » pour nos associés.

À propos des réseaux de soins, quelle est la position de Krys Group vis-à-vis des prochains appels d’offres ?

Les opticiens de Krys Group sont largement présents dans les réseaux. Nous allons être particulièrement sensibles, lors des prochains appels d’offres, à la manière dont les grilles tarifaires des réseaux vont prendre en compte « l’hyper-inflation » qui touche l’économie française.

Quelle est la position de Krys Group sur la place de l’opticien pour remédier aux déserts médicaux ?

En premier lieu, les opticiens animent le commerce local, partout en France, particulièrement dans des zones « désertifiées ». Leur maillage colle à la démographie et contribue grandement à maintenir la vie dans les centres-villes. Nous œuvrons au sein du Rassemblement des opticiens de France (Rof) pour qu’une part plus importante soit accordée aux opticiens dans la prise en charge de la santé visuelle des porteurs. Les opticiens prennent déjà leur part avec le renouvellement de l’équipement sur la base d’une ordonnance valide. Nous souhaitons aller plus loin dans la délégation de tâches. Avec la « téléconsultation » qui a été expérimentée ces 2 dernières années sous la forme de divers protocoles, il existe un moyen de déléguer plus largement avec une prise de mesures en magasin et la consultation d’un ophtalmologiste à distance.

Vos associés, comme tous les opticiens, font face à des problèmes de recrutement, dont les causes sont multifactorielles. Pour vous, la solution passe-t-elle par le recrutement de jeunes hors secteur ?

Recruter hors secteur n’est pas tirer le métier vers le bas. Nous incitons nos associés à mêler les diplômés et les collaborateurs venant d’autres secteurs. Notre marque employeur doit contribuer davantage à les attirer. Tout comme notre portefeuille diversifié d’enseignes. Parallèlement, nous sommes en train de créer avec l’Academy by Krys Group, un CFA d’entreprise pour former les apprentis et les accompagner sur le chemin de l’entrepreneuriat.

Quel est votre objectif pour 2022?

Poursuivre nos gains de parts de marché localement ; notre pdm nationale se situant actuellement à 16%. Nous visons une croissance de CA de +8% en 2022 (vs 2019), dans un marché que nous prévoyons stable (vs 2019). La santé, nous l’avons vu, est un des secteurs les plus résilients.