Le renoncement aux soins pour raisons financières est une donnée de plus en plus employée, notamment par les pouvoirs publics, pour apprécier l’accessibilité de nos concitoyens au système de santé. Notre secteur est d’ailleurs souvent pointé du doigt comme étant le premier ou le deuxième poste de soins faisant l’objet du plus de renoncement, en combat permanent avec le dentaire. Mais les résultats des différentes études menées sont-ils vraiment fiable ? Les Français renoncent-ils réellement aux soins optiques pour des raisons financières alors qu’il est possible de s'équiper d'une monture et deux verres unifocaux standards à bas prix ? La Drees s’est penchée sur la question dans un dossier publié le 23 juillet dernier.

Des écarts de réponse importants selon la formulation de la question

Aussi, l’organisme s’est attaché à examiner la sensibilité des réponses aux enquêtes, selon la formulation de la question. « Notre étude permet de quantifier très précisément l’effet de formulation sur le taux de renoncement aux soins, en mobilisant quatre jeux de formulation inspirés des formulations présentes dans les enquêtes sur le sujet », précise-t-il.

Conclusion : La valeur du taux de renoncement aux soins pour raisons financières est très sensible à la formulation de la question : les écarts de taux atteignent 15 points. « Cette grande sensibilité signifie probablement que le taux de renoncement est également sensible à d’autres aspects du mode de collecte : mode d’interrogation (face-à-face, auto-administré, téléphone), thématique et place dans le questionnaire. Ainsi, cette sensibilité explique sans doute la majeure partie des grandes différences de taux de renoncement selon les différentes enquêtes », souligne la Dress.

Mais un classement des types de soins inchangé

Cependant, le classement des types de soins faisant l’objet du plus de renoncement est moins sensible à l’effet de formulation. « En particulier, les soins dentaires et optiques font de loin l’objet des taux de renoncement les plus élevés, quelle que soit la formulation retenue, précise l’organisme. Un résultat à rapprocher des différences de niveau de prise en charge de la Sécurité sociale selon les types de soins ».

Attention toutefois, l’optique touchant également à l’esthétique, la question du renoncement aux soins peut être doublement faussée. Dans une chronique de 2013, Gilles Oster, consultant social indépendant, estimait que le renoncement aux soins optiques correspond de fait « pour la grande majorité des personnes interrogées, uniquement au renoncement de l'achat d'une monture griffée avec des verres toutes options au prix de l'entrée de gamme. » Pour lui, « le renoncement pour « raisons financières » doit exister à n'en point douter, mais ne doit pas dépasser à l'oeil nu 1 ou 2% », alors qu'il peut atteindre 47% dans certaines enquêtes.

Les recommandations de la Drees

Pour finir, l’exercice mené par la Drees suggère que le taux de renoncement global ne doit pas être interprété en niveau et que les comparaisons entre années doivent être réalisées strictement avec les mêmes conditions de collecte. « Si ces précautions sont observées, il peut être intéressant de suivre l’indicateur de renoncement aux soins en comparaison entre différentes catégories, en complément d’autres indicateurs plus objectifs », note l’organisme. De quoi remettre en question bien des études et surtout, les décisions prises par notre Gouvernement en matière de régulation du prix des lunettes.