Au Maroc, un projet de loi prévoit de restreindre les prérogatives des opticiens. Les professionnels du pays militent pour préserver leur droit de pratiquer la réfraction dans ce pays confronté, dans les zones rurales, à une forte pénurie d'ophtalmologistes.
Le lobbying ophtalmologiste mis en cause
"Lors de la séance de questions au gouvernement du 8 décembre 2009, la ministre de la santé Yasmina Baddou a annoncé la préparation d'une loi visant à encadrer 15 professions paramédicales, dont les opticiens-lunetiers. Celui-ci prévoit de réduire notre activité à l'exécution des ordonnances et de nous interdire la réfraction, alors même que nous disposons de ce droit depuis le dahir (décret, ndlr) de 1954*, qui réglemente encore aujourd'hui notre métier" nous a expliqué Mounir Fayez, président de l'association des opticiens de Meknès.
La législation à l'étude (dont les termes exacts restent confidentiels) est ainsi considérée par les professionnels du pays comme une régression. Elle serait le fruit du puissant lobbying ophtalmologiste. "La plupart des ophtalmologistes marocains sont installés sur l'axe Rabat - Casablanca - Kenitra. Dans ces grandes villes, ils se livrent une rude concurrence, et craignent que leurs patients se tournent vers les opticiens pour les examens de vue. Au contraire, dans les villages et les zones rurales, il n'y a aucun spécialiste. Qui fera les ordonnances de lunettes dans ces régions ?" dénonce Mouna Roudies, opticienne-optométriste diplômée en Belgique et exerçant à Rabat.
Les opticiens réclament une nouvelle législation
Mounir Fayez tente de mobiliser les opticiens marocains et a lancé une pétition, pour laquelle il espère obtenir 1000 signatures. Il envisage par ailleurs de contacter les partis politiques pour défendre la profession. L'opticien milite, comme nombre de ses confrères, en faveur d'un encadrement de leur profession pour éviter les dérives. "Au Maroc, il y a de très bonnes écoles d'optique mais aussi de très mauvaises. Il serait normal de lister les établissements habilités à former les opticiens" estime Mouna Roudies. La législation actuelle est également jugée désuète en matière de reconnaissance des diplômes : "les formations européennes ne sont pas reconnues" regrette-t-elle. "Une nouvelle loi est nécessaire, mais il faut que celle-ci suive les évolutions scientifiques et s'adapte aux besoins en soins visuels de la population marocaine, pas qu'elle nous fasse perdre nos acquis" réclame Mounir Fayez.
* Le texte de 1954 autorise les opticiens marocains à pratiquer la réfraction subjective pour délivrer des équipements correcteurs, sauf sur les moins de 16 ans, dans les cas d'acuité inférieure ou égale à 6/10 après correction, d'amétropies fortes ou de presbytie "en discordance manifeste avec l'âge".
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