Depuis fin septembre, des corners optique sont apparus dans plusieurs Intermarchés de France. Examens de vue, "téléconsultation asynchrone", ventes d'équipements 100% Santé rencontrent un succès auprès d’une population vivant sur un territoire sous-doté en ophtalmologie. Derrière le déploiement de ces corners se trouve une start-up, Sym. Nous avons demandé à ses fondateurs des précisions sur leur activité.

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Un corner Sym a ouvert début décembre à Gamaches dans la Somme

 

Acuité : Comment est né Sym ?

Erwan Corre, co-fondateur de Sym : Nous avons commencé en Allemagne il y a plusieurs années, un pays où le marché est différent de la France puisqu’il n’y a pas besoin de prescription d’un ophtalmologiste et où les remboursements optiques sont très faibles. On s’est surtout préoccupé de l’offre pour proposer les meilleurs produits au meilleur prix. Le marché allemand nous a permis de tester nos corners et de faire murir le projet. C’est ensuite en France que nous avons développé, pendant deux ans, la téléconsultation asynchrone : son rôle est d’être un trait d’union entre le patient, l’opticien et l’ophtalmologiste, et d’améliorer l’accès aux soins dans les déserts médicaux.

Mohand Benabdelouahed, PDG et co-fondateur de Sym : Partant du constat que les délais pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste peuvent être très long dans de nombreux départements et que cela peut conduire à un renoncement aux soins visuels, nous avons voulu en favoriser l’accès en s’appuyant sur les opticiens et la technologie. Ils ont en effet toutes les compétences pour remplir ce rôle, sans outrepasser leurs attributions ni celles des ophtalmologistes.

Nous avons d’abord établi un partenariat avec Monoprix pour expérimenter différents process pendant 2 ans, avant de nous rapprocher des Mousquetaires, à travers les Intermarchés. Ces derniers sont souvent présents dans les zones sous-dotées en ophtalmologistes. Nous cherchons à combler ce vide et apporter une solution de santé visuelle aux habitants de ces territoires. Et les retours des clients sont très encourageants.

 

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À l'arrière des corners, du matériel de pointe pour les examens de vue

 

AC : Comment fonctionnent vos corners optiques ?

Erwan : Depuis la fin de notre phase de test en septembre 2022, nous avons déployé une quarantaine de corners dans les secteurs de Limoges, Amiens et Lille, qui sont ouverts entre 1 et 2 jours par mois. Les clients prennent rendez-vous en ligne ou par téléphone, mais peuvent également venir à l’improviste. Nous avons recruté une dizaine d’opticiens en CDI à temps plein pour assurer leur fonctionnement (à lire : le témoignage de Chloé, opticienne chez Sym Optic).

Mohand : Sur place, l’opticien dispose de tout le matériel nécessaire pour réaliser un examen de vue : réfraction, pression intra-oculaire, fond d’œil sans contact…les données sont transmises via notre plateforme Sym Vision Lab Pro à un ophtalmologiste au choix du client ou, s’il n’en a pas, nous lui proposons nos ophtalmologistes partenaires, qui réalisera une ordonnance en 72h maximum. Tous sont praticiens en France. Il transmet ensuite l'ordonnance au patient : il n’y a évidemment aucune obligation d’achat suite à l’examen de vue réalisé. En réalité, notre concept bénéficie potentiellement à tous les opticiens de la zone puisque cela augmente le nombre d’ordonnances en circulation.

AC : Quels équipements proposez-vous ?

Mohand : La sociologie des résidents des déserts médicaux est globalement intéressée par le panier A. C’est ce qui correspond le mieux à leurs attentes et sert aussi l’objectif de démocratisation des soins visuels souhaité par le gouvernement. 90% de nos ventes relèvent du 100% Santé. Le marché français étant exigeant, nous proposons environ 120 montures différentes, solaires comprises, en titane, en métal ou en acétate.

 

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Mohand Benabdelouahed, PDG et co-fondateur de Sym 

 

AC : Quels sont vos ambitions de développement ?

Mohand : Notre ambition est de densifier le maillage de nos corners, et aussi de développer de nouveaux partenariats avec les ophtalmologistes. Les pouvoirs publics sont favorables au développement des téléconsultations et à leur encadrement. Et comme l’a rappelé Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée en octobre dernier, la mise en avant des professionnels de santé paramédicaux peut être une solution aux déserts médicaux. Nous croyons profondément au rôle prépondérant de l’opticien dans la démocratisation de l’accès aux soins visuels.

Pour renforcer l’efficacité des consultations asynchrones, nous développons actuellement une intelligence artificielle (IA) capable d’interpréter les photos des fonds d’œil pour faciliter le diagnostic des ophtalmologistes.

Erwan : La création d’un agrément dans la nouvelle Loi de financement de la sécurité sociale est une bonne chose. Nous sommes très attentifs à l’encadrement légal de la téléconsultation asynchrone. Elle ne sort pas le médecin du parcours de soin, elle permet avant tout de cibler les patients les plus prioritaires, ceux qui sont justement sortis du parcours de soin. Dans cet environnement, l’opticien a son rôle de professionnel de santé à jouer et c’est ce que nous voulons encourager.

 

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