À la veille de la Semaine de la myopie en France qui se tient du 24 au 30 novembre 2025, une conférence organisée par la centrale d'achat pour opticiens indépendants Luz a mis en lumière l'importance du dépistage précoce et de la pédagogie en ce qui concerne la santé visuelle de l'enfant.
L'événement a été l'occasion de dévoiler le Panorama Optikid 2025 sur la santé visuelle des enfants, enrichi par les données du baromètre AsnaV.
La myopie : des facteurs comportementaux et environnementaux
Le développement exponentiel de la myopie est une préoccupation de santé publique et a été qualifié d'actualité « très forte » par les intervenants, car il est directement lié à des facteurs comportementaux. Les données du panorama révèlent une méconnaissance profonde des risques :
- Près d'un tiers des parents (30%) ignorent que la myopie forte peut entraîner de graves complications (comme le décollement de la rétine) une fois l'âge adulte atteint.
- 60% des Français et 55% des parents n'ont jamais entendu parler de l'augmentation préoccupante de la myopie chez les jeunes.
Il a été souligné par le docteur Orssaud que l'écran est un facteur qui favorise l'épidémie de myopie. Il met en cause la distance de lecture trop courte et le temps de fixation excessif, qui empêchent le système visuel de relâcher son effort (de « désaccommoder »), ce qui favorise la progression de la myopie.
Les experts ont rappellé les règles générales de prévention :
- L'interdiction des écrans avant 3 ans.
- Pour les 3-6 ans, la tablette ou la télévision doit être limitée à 20 minutes par jour, sans dépasser 1h30 au total.
Par ailleurs, l'utilisation trop jeune des écrans peut entraîner un « certain retard de langage » car l'enfant est passif.
Si 82% des parents connaissent l'existence de moyens pour freiner la myopie, d'autres facteurs cruciaux sont largement sous-estimés :
- 45% des parents méconnaissent le manque d'exposition à la lumière naturelle comme facteur de risque.
- 46% des parents ignorent le rôle du manque de sommeil dans le développement de la myopie.
Dépistage visuel des enfants : des chiffres alarmants
Le dépistage doit idéalement avoir lieu au cours de la maternelle (petite et moyenne section, soit 3-4 ans).
Cependant, les chiffres montrent un retard inquiétant dans les contrôles :
- seulement 38% des parents estiment qu'un premier contrôle est nécessaire entre un et trois ans, et moins de la moitié (47%) entre quatre et six ans.
- En 2024, seuls 2% des enfants de 9-15 mois et 0,6% des 2,5-5 ans ont effectivement été dépistés.
- 16% des parents d'enfants de 0 à 12 ans déclarent ne pas avoir consulté d'ophtalmologiste malgré un dépistage positif, un taux en forte hausse (+8 points) par rapport au baromètre précédent.
Des campagnes de dépistage menées récemment ont montré que 46% des enfants testés présentaient une acuité visuelle insuffisante qui nécessite une orientation vers un spécialiste, un taux qui peut atteindre 75% dans certaines classes.
Charlotte Creux, orthoptiste, a rappelé l'existence de la consultation d'orthoptie en accès direct (entre 9 mois et 5 ans, remboursée) et l'importance du carnet de santé : les orthoptistes sont désormais habilités à le compléter pour assurer une traçabilité du suivi.
Le docteur Orssaud a noté que l'inégalité du dépistage est régionale, mais qu'un dépistage en milieu scolaire par une infirmière aboutit à 15 à 20% d'adressage vers un spécialiste, un taux « énorme » qui confirme le besoin.
Jérôme Schertz, président directeur général de Luz a présenté OptiKids, un label créé il y a plus de 15 ans et destiné aux opticiens qui souhaitent devenir spécialistes de la vision de l'enfant. Le réseau compte aujourd'hui plus de 200 magasins OptiKids partout en France.
Sa mission est de sensibiliser à l'impact des troubles visuels non compensés chez l'enfant sur leur développement personnel, physique (coordination des mouvements) et intellectuel (scolarité).
Jérôme Schertz a conclu en insistant sur l'engagement nécessaire : « Aujourd'hui, on souhaiterait que ce dépistage précoce des enfants devienne directement une cause nationale et une cause de santé publique ».
