Le débat sur les dérives de la téléexpertise visuelle s’invite dans la sphère médiatique et politique. Dans un article publié le 17 février, Le Point évoquait une « grande machine à cash » autour d’ordonnances « non conformes », citant nommément huit sociétés, dont Lyleoo, soupçonnées de détourner les règles de la téléexpertise.

Dans la foulée Lyleoo a diffusé un communiqué pour « corriger des termes erronés, biaisés et calomnieux ». Si le magazine a retiré le nom de Lyleoo de la version en ligne et que le journaliste a modifié sa publication sur les réseaux sociaux, l’entreprise estime nécessaire de rétablir « la réalité de son activité ».

Un modèle contesté

L’article du Point donnait largement la parole à Vincent Dédès, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), qui dénonce un « détournement des règles de la téléexpertise ». Selon lui, des opticiens, moyennant abonnement, transmettraient des mesures de réfraction à des ophtalmologistes qui renverraient « de façon automatique » des ordonnances, assimilables à un « achat d’ordonnances ». La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, y rappelle sa volonté de « mettre de l’ordre » dans la filière visuelle.

« Contrairement à ce qui est affirmé, la délivrance d’une ordonnance n’a rien d’automatique : les ophtalmologistes sont rémunérés pour leur travail, qu’ils prescrivent ou non. Parler d’“achat d’ordonnances” est mensonger et ne reflète en rien notre activité. » — Lyleoo

Dans ce contexte, Lyleoo réfute fermement toute automaticité. La plateforme indique mettre en relation des opticiens-lunetiers et des ophtalmologistes, le patient choisissant son praticien. L’opticien collecte des données (réfraction et éléments médicaux), transmises au médecin, qui rend un avis : message de prévention, orientation vers un confrère ou prescription, « en toute indépendance » et uniquement en l’absence de contre-indication.

Accès aux soins et désertification

La société rappelle que la téléexpertise est ouverte aux opticiens depuis juin 2021 et qu’elle constitue, dans certains territoires, « le seul moyen d’obtenir un avis spécialisé dans des délais raisonnables ». Elle s’appuie sur les données de l’Atlas 2025 du Conseil national de l’Ordre des médecins : la densité moyenne d’ophtalmologistes est passée de 9 pour 100 000 habitants en 2010 à 5,96 en 2025 (-33,8 %), avec 55 départements en déficit et des chutes marquées dans le Lot, la Creuse ou la Haute-Saône.

Autre argument avancé : le service n'est pas facturé à l’Assurance maladie et n’alourdirait donc pas les finances publiques, contrairement aux fraudes évoquées dans l’enquête du Point.

Appel à un encadrement éthique

Se démarquant des pratiques dénoncées – notamment le cas Sym Optic, en redressement judiciaire (et non en liquidation comme indiqué dans l'article du Point !) souvent évoqué par le Snof – Lyleoo affirme s’astreindre à « de hauts standards d’exigence et de qualité » et appelle à ne pas discréditer un modèle qu’elle juge « essentiel au parcours de soins coordonné ». Elle invite par ailleurs le Snof « à mobiliser son énergie afin de stopper le développement de pratiques qui consistent à voir des médecins généralistes délivrer des ordonnances d’équipements optiques en n’ayant presque aucune information sur le patient. Une pratique permise par au moins une plateforme bien connue de téléconsultation ».