Alors que les organismes complémentaires d'assurance maladie (Ocam) et assurances santé justifient chaque année des hausses de cotisations par une dégradation de leurs comptes, un rapport de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) vient bousculer ce narratif.
En 2024, les organismes complémentaires (Ocam) sont repassés dans le vert, portés par une collecte de cotisations qui croît bien plus vite que les remboursements.
Ce rapport annuel de la Drees sur la situation financière des mutuelles, assurances et institutions de prévoyance, publié récemment, dresse un constat sans appel : l’année 2024 marque le retour aux excédents pour l’activité santé.
Une collecte de cotisations « inédite »
En 2024, les organismes ont collecté 46,5 milliards d’euros de cotisations, soit une augmentation de 8,2 % par rapport à l’année précédente. Pour la Drees, il s’agit d’une « croissance inédite » depuis 2012.
Cette explosion des recettes s’explique par les augmentations de tarifs appliquées aux assurés au 1er janvier. Pourtant, du côté des prestations reversées (les remboursements de soins), la hausse est nettement plus contenue : +5,4 %.
Certes, les dépenses de santé progressent, mais elles le font à un rythme bien moins soutenu que les primes réclamées aux ménages et aux entreprises.

Taux de croissance des cotisations, des prestations et des charges de gestion en santé. @Drees
Le retour aux bénéfices techniques
Le secteur martelait jusqu’ici que l’activité santé était structurellement déficitaire. Ce n’est plus le cas. Le « résultat technique » (la différence entre les cotisations perçues et les prestations/charges versées) est repassé dans le positif, s'établissant à 1,6 % des cotisations hors taxes.
Si l’on regarde l’ensemble de l'activité du secteur (incluant les placements financiers), le résultat net moyen des organismes s'élève à 3,4 %. Un niveau de rentabilité qui s’accompagne de fonds propres largement supérieurs aux exigences réglementaires de solvabilité (230 % en 2024).
Les assurés reçoivent « moins » pour leur argent
L'un des indicateurs les plus symboliques du rapport est le taux de redistribution.
En 2024, les organismes complémentaires n'ont reversé que 79 % des cotisations collectées sous forme de prestations, contre 81 % en 2023.
Parallèlement, si les charges de gestion (publicité, frais de siège, réseaux de vente) ont augmenté en valeur absolue pour atteindre 8,8 milliards d'euros, leur poids relatif dans les cotisations a baissé (18,8 % contre 19,3 % en 2023).
Les économies d’échelle et la concentration du marché, avec seulement 51 groupes pesant 85 % du marché, semblent profiter davantage aux structures qu'aux cotisants.
Un choc de versions entre le gouvernement et les Ocam
Ce rapport arrive au moment où les complémentaires préparent déjà le terrain pour de nouvelles hausses de tarifs en 2026 (et en 2027).
Pour justifier ces augmentations, les Ocam pointent régulièrement du doigt les transferts de charges de l'Assurance Maladie vers les complémentares (plus de 400 millions d’euros sur le champ hospitalier, 600 millions sur les indemnités journalières), et surtout une taxe exceptionnelle d’un milliard d’euros.
Mais les données de la Drees suggèrent une autre réalité : celle d'un secteur qui a déjà largement anticipé, voire compensé, ces hausses de coûts par des revalorisations tarifaires supérieures aux besoins immédiats.
