Présenté lors du Congrès d’optométrie et de contactologie 2026, le protocole mis en place au sein des Ehpad du Centre hospitalier du Mont d’Or (Rhône) illustre une évolution majeure de la prise en charge des personnes âgées dépendantes : faire de la santé visuelle un levier de prévention globale, au même titre que la mobilité ou la cognition.

« Nos résidents cumulent très souvent des problématiques de mobilité et des troubles cognitifs majeurs », explique Lydie Perache, directrice des services généraux et des EHPAD.

Les conséquences sont immédiates sur la vie quotidienne. Difficulté à se déplacer, à reconnaître ses proches, à interagir avec les autres résidents : la perte visuelle accélère le repli sur soi et fragilise l’équilibre psychique. « Un Ehpad n’est pas une salle d’attente, c’est un lieu de vie. À ce titre, tout doit être mis en œuvre pour garantir la meilleure qualité de vie possible, jusqu’au bout », rappelle Lydie Perache. 

« Quand la vision se dégrade, les résidents ne participent plus aux animations, ne jouent plus, ne regardent plus la télévision. Il y a un repli sur soi, une dépression majorée, parfois jusqu’au syndrome de glissement. »

Face à ce constat, la direction a fait le choix d’une approche proactive, en intégrant la santé visuelle au projet d’établissement, grâce à un protocole validé par l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes. C'est ainsi que depuis mars 2025, un dispositif associant opticiens mobiles et télé-expertise ophtalmologique est déployé dans les deux Ehpad du site (153 et 142 lits) ainsi que dans la SLD de 155 places. Les opticiens interviennent une fois par mois sur site, sans déplacement des résidents. Le médecin coordonnateur, en lien avec l’équipe pluridisciplinaire, gère la file active et priorise les situations.

« Le principal avantage du dispositif, c’est l’absence de déplacement. Pour une personne âgée dépendante, chaque sortie est une épreuve. »

Les examens (réfraction, rétinographie, imagerie) sont réalisés sur place par l'opticien, puis transmis via une plateforme sécurisée à un centre ophtalmologique partenaire. Les comptes rendus sont adressés à l’établissement et aux familles, avec une organisation quasi systématique des rendez-vous spécialisés lorsque cela est nécessaire.

« La télé-expertise nous apporte de la réactivité : les examens sont interprétés sous sept jours et, en cas de pathologie, le rendez-vous est organisé automatiquement. »

Ce modèle est pleinement soutenu par Jean-Bernard Rottier, ophtalmologiste engagé de longue date dans les organisations de télémédecine.

« La distance n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est la qualité de l’équipe, la confiance entre les professionnels, et le service rendu aux patients. »

Pour le praticien, la réussite repose sur la compétence des intervenants de terrain, capables de produire des données réellement exploitables médicalement.

« Nous n’avons pas besoin de simples photos, mais d’images intelligentes, prises par des professionnels formés qui comprennent ce que le médecin cherche à analyser. »

Autrement dit, des images pensées en fonction de la question clinique posée. Une rétinophotographie doit permettre d’explorer réellement la périphérie à la recherche d’un glaucome ou d'une rétinopathie, une image à la lampe à fente doit cibler précisément une cataracte ou une lésion. Cette exigence suppose des professionnels de terrain formés, capables de guider l’examen, d’adapter les prises de vue et d’en vérifier la pertinence. « Nous n’avons pas besoin de photos, mais de photos intelligentes », martèle l’ophtalmologiste, pour qui la technologie n’a de valeur que si elle est portée par une culture clinique partagée et une relation de confiance entre les équipes.

« L’examen est fait le mieux possible pour rendre service à des personnes qui ne peuvent pas se déplacer. Et le service médical rendu est très bon. »

En Ehpad, l’objectif reste avant tout le service rendu au patient.

Un message fort, partagé par l’ensemble des intervenants : quand les soins visuels viennent au résident, ils deviennent un véritable outil de prévention, de coordination des soins et de qualité de vie.