« Quand l’État augmente la taxe intérieure sur les produits pétroliers, on ne demande pas à Total de geler les tarifs ! ». La formule, lâchée par Éric Chenut ce mercredi 15 janvier en conférence, résume l’exaspération de la Mutualité française - qui considère donc qu'exploiter des hydrocarbures est comparable aux activités de santé. La Mutualité Française et les quelques 400 mutuelles qu'elle représente vivent assez mal la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 qui rend illégale la hausse des cotisations pour l'année en cours, votée et publiée au Journal Officiel fin décembre 2025.
Un « déni de réalité »
Or, en décembre, la Mutualité française a annoncé des hausses moyennes de 4,3 % pour les contrats individuels et de 4,7 % pour les contrats collectifs. Des tarifs « fixés avant les débats budgétaires », rappelle le syndicat, intégrant la progression des dépenses de santé et les transferts de charges opérés en 2025 par l’Assurance maladie. « On n’est pas dans une économie administrée, il n’y a pas d’Ondam de la complémentaire santé », martèle Éric Chenut, pour qui le gel relève du « déni de réalité ».
Des procédures pour remettre en cause un amendement de l'article 13
La directrice générale de la Mutualité, Séverine Salgado, pointe de son côté des « conflits de normes » : obligation de gel d’un côté, mais négociations prévues de l’autre, sans compter des cotisations indexées sur le plafond mensuel de la Sécurité sociale, lui-même revalorisé de 2 %. À cela s’ajoutent, selon la Mutualité, plus de deux milliards d’euros à absorber en 2026, entre nouvelles prestations transférées et surtaxe exceptionnelle.
S’appuyant sur un rapport de la Drees, qui, selon la Mutualité, soulignerait la fragilité économique persistante des mutuelles malgré une amélioration en 2024, la fédération alerte sur la soutenabilité du système. Une lettre au Premier ministre est annoncée, et si les discussions prévues fin janvier avec la ministre de la Santé n’aboutissent pas, une question prioritaire de constitutionnalité (pour soumettre l'article 13 au Conseil Constitutionnel), voire des recours européens, ne sont pas exclus.

Les mutuelles ne disent pas le plus important : la santé est très règlementée et très financée en France, tout le système du travail est même orienté pour financer la santé via de nombreux impôts. Les mutuelles ne peuvent donc logiquement par faire ce qu'elles veulent car elles ont donc des devoirs envers l'Etat en raison de cette réalité. Elles doivent tout simplement rendre des comptes car elles financent la santé. Si elles ne veulent pas rendre des comptes alors qu'elles financent les pipelines pour transporter le pétrole dans ce cas. Mais à partir du moment où c'est la santé qu'elles financent en France alors elles doivent comprendre le mode de fonctionnement du système de soins, accepter la régulation de l'Etat et comprendre qu'elles doivent rendre des comptes.
Et puis ce qu'elles disent pas non plus c'est que l'Etat les a soutenues et a passé de nombreux accords avec elles. La mutuelle d'entreprise obligatoire par exemple qui a fait exploser leur nombre de clients. Ou le déremboursement de l'optique sur lequel l'Etat a fermé les yeux. Et bien sur le plus important : la négociation avec l'Etat pour qu'elles financent le 100% santé sans hausses de cotisations en échange de contreparties notamment sur les réseaux de soins fermés et le déremboursement de l'optique. Donc vu qu'aujourd'hui elles créent des hausses de cotisations en les justifiant par le financement du 100% santé c'est logique que l'Etat réagisse mal. Car ça fait 10 ans maintenant que l'Etat fait tout pour elles, ils ont passé un accord ensemble, et les mutuelles ont trahi cet accord. Cela a donc forcément des conséquences. Elles avaient promis de pas augmenter leurs cotisations pour financer le 100% santé et une fois le système en place c'est la première chose qu'elles ont fait. Bah la réaction de l'Etat est assez logique au vu de cette trahison.
La pandémie a fait économiser 2,8 milliards d'euros aux mutuelles de santé en 2020, mais elles ont encore augmenté les cotisations en 2021. Qu'apportent-elles, in fine ? Rien, sinon 45% de hausse des tarifs en dix ans sans avantages supplémentaires pour les patients. Une opacité volontaire, organisée, plus profitable pour elles-mêmes que pour les assurés : tarifs illisibles, contrats verrouillés, mutuelle imposée aux salariés, obstruction au tiers payant généralisé, comptes non publiés. Et 10 milliards d'euros de frais de gestion (4 fois ceux de la Sécu ! ) Il faut en finir avec une politique de santé sous influence et la hausse incontrôlée des tarifs. Nous avons tous le droit au respect de la prise en charge de notre santé. Un dispositif à assureur unique beaucoup moins coûteux, calqué sur le méconnu régime d'Alsace-Moselle toujours fermement défendu par ses bénéficiaires, serait facilement généralisable. Et chaque patient serait beaucoup mieux pris en charge et à moindre coût. En attendant la suppression des complémentaires santé, Daniel Rosenweg, grand reporter spécialiste de l'économie de la santé, donne des conseils aux utilisateurs pour ne payer enfin que le juste prix.