Nous venons d'apprendre avec tristesse le décès d'une grande figure de l'optique : Bernard Maitenaz, inventeur du verre progressif Varilux.

Né en 1926 à Joinville-le-Pont, Bernard Maitenaz a suivi des études d’ingénieur à l’Ecole des Arts et Métiers à Paris, puis à l’Ecole Supérieure d’Optique dont il sort major à 21 ans. Cette double formation d’ingénieur en mécanique et en optique a marqué sa carrière. Il intègre en 1948 la Société des Lunetiers, qui deviendra par la suite Essel. Il commence par étudier en particulier les techniques compliquées du surfaçage.

Inventeur du progressif

En 1953, il dépose un brevet pour un « verre à foyer variable de façon continue » : le fameux progressif. C’est au prix d’un travail acharné pendant près de 8 ans qu’il parvient, avec les moyens du bord, à mettre au point le premier verre progressif. Les moyens de calcul sont limités (machines à cartes perforées, etc.), les opticiens sont sceptiques (en particulier à cause des aberrations latérales) et le matériau est exclusivement minéral. En 1959, il crée le premier verre progressif au monde : le Varilux.

La génération de la surface point par point en 1956, puis le développement de l’organique, ont accéléré cette révolution technologique avec le Varilux 2 (asphérique) qui a été un puissant facteur de croissance pour Essilor et le marché optique dans son ensemble. On peut dire que Bernard Maitenaz a changé la vie de plusieurs milliards de porteurs dans le monde.

A la direction générale d'Essilor

En 1972 lorsque Essel fusionne avec son concurrent Silor pour former Essilor, Bernard Maitenaz prend la direction du département Recherche et Développement, puis la direction générale. Entre 1977 et 1980 il est président du directoire de la filiale BBGR. En 1980 il est nommé président directeur général d’Essilor, succédant à Anatole Temkine et René Grandperret, et jusqu’en 1991.

Sous son mandat, Essilor développe de nouveaux marchés et conquiert une présence internationale.

A sa retraite, il est Président d’honneur de l’entreprise. Il a poursuivi une intense activité et suivi avec passion les activités du service R&D d’Essilor. Personnalité universellement admirée, il était invité sur tous les continents, en Chine par exemple où il donné à une série de conférences sur les verres progressifs et les verres anti-fatigue.

En 2014, l’Association Américaine d’Optométrie (36 000 docteurs en optométrie) lui décerne le prestigieux prix Apollo Award qui récompense chaque année les personnes qui ont fait un apport significatif à la santé visuelle.

Essilor rend hommage à Bernard Maitenaz en vidéo

Un homme humble

Il était très attaché au statut coopératif d’Essilor et à l’association des actionnaires Valoptec, dont il considérait qu’ils contribuent fortement aux performances d’Essilor.

Sa carrière exceptionnelle et ses réussites professionnelles ne l’empêchaient pas de faire preuve d’une très grande simplicité dans ses rapports humains et d’un vrai sens de l’humour. Passionné par la recherche, il était très humble et était au contact avec l’ensemble des équipes, des personnes, des employés d’Essilor.

Il était membre de l’Académie des Technologies, Officier de la Légion d'honneur, Commandeur de l'ordre national du Mérite.

Travailleur passionné, Inventeur hors du commun, Bernard Maitenaz continue de marquer ce monde de l’optique qui lui doit beaucoup.

Un livre lui a été consacré, « l’Epopée Varilux » par Jean-Charles Le Roux, en 2007.

Nous adressons à sa famille, enfants et petits-enfants et arrières petits-enfants nos plus sincères condoléances.

 

Témoignages

Dominique Meslin (Aujourd'hui directeur Solutions de réfraction Essilor)

« C’est bien sûr une grande tristesse de voir Bernard nous quitter, lui qui était encore à nos côtés ces dernières années. Nous lui devons tant ! Nous retiendrons de lui sa grande intelligence, son incessante curiosité, son intérêt pour les autres et aussi sa grande simplicité. De tout cœur, merci à vous Bernard, pour la voie que vous nous avez montrée et le modèle que vous avez été. »

Jean-Gabriel Josse (ex-Essilor)

« Bernard Maitenaz était un ingénieur de génie. Il a révolutionné la vie des presbytes. Malgré cela, il est toujours resté très modeste. Je l'ai rencontré pour la première fois en 1977 rue Pastourelle pour réaliser une étude sur les verres progressifs. Puis, il m'a confié la direction de la division Essilor Contact au début des années 1980. Il était très apprécié des équipes Essilor. C'était un homme qui inspirait la confiance, sur qui on pouvait compter. »

Jean-Felix Biosse Duplan (Délégué général de l'Asnav)

« Quand je suis entré chez Essilor, il en était le président. J’étais dans la communication et le marketing et ai beaucoup travaillé sur Varilux, donc on a forcément eu de nombreux échanges. C’est un homme pour qui je ressens un incroyable respect. D’abord pour tout ce qu’il a fait, pour les centaines de millions de presbytes dans le monde qui portent des progressifs, et ensuite pour ce qu’il était lui. Il était intelligent et clairvoyant, mais aussi modeste et proche des gens. Il était extrêmement engagé dans la vie de l’entreprise et de l’optique en générale. J’ai encore échangé avec lui la semaine dernière. C’était quelqu’un d’extrêmement vivant et actif. C’était formidable de le savoir aux côtés de l’Asnav. »

Paul du Saillant (actuel PDG d'Essilor International)

« La famille Essilor toute entière est profondément attristée. Véritable pionnier et inventeur, Bernard restera aussi dans nos mémoires pour les valeurs avec lesquelles il a dirigé Essilor, de 1981 à 1991, et contribué à développer Valoptec tout au long de ses plus de 70 années de carrière. Sans lui et l’invention du verre progressif Varilux, l’entreprise Essilor et l’industrie de l’optique ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Nous devons beaucoup à Bernard, qui restera une source d’inspiration pour les générations à venir. En ce triste jour, nos pensées vont à sa famille, ses enfants et à ses petits-enfants. »

Lena Henry, directrice générale d’Essilor France

« La famille Essilor France toute entière est profondément attristée par le décès de notre mentor, ami et collègue, Bernard Maitenaz. Véritable pionnier, refusant les limites établies de l’optique et fasciné par les qualités extraordinaires de l'œil, il a imaginé pour son propre père le premier verre de lunettes avec une surface optique à puissance variable : le verre progressif Varilux était né ! Bernard restera dans nos mémoires pour son incroyable esprit novateur, mais aussi pour son énergie passionnée et son engagement indéfectible vis-à-vis de l'industrie optique et d'Essilor, où il a passé les 43 ans de sa carrière. Bernard demeurera une source d'inspiration pour les générations à venir. Toutes nos pensées les plus sincères pour sa famille et ses proches. »

GIFO

« Toute la filière optique salue la mémoire de Bernard Maitenaz à l’annonce de sa disparition. Membre du Bureau du GIFO de 1983 à 1994, Bernard Maitenaz a révolutionné le monde de l’optique. […] Passionné de recherche, il illustre la volonté et la capacité des industriels de l’optique à repousser continuellement les limites techniques pour permettre à chacun de mieux voir. Ses innovations ont révolutionné notre industrie mais aussi changé la vie des presbytes. La mise au point d’un verre permettant de voir à toutes les distances de manière continue représentait alors un défi scientifique et technique majeur. Cette formidable aventure industrielle, nécessitant la conception de machines tout aussi novatrices que le verre lui-même, a bouleversé la façon de prendre en compte les besoins individuels de chaque porteur de lunettes comme les procédés de fabrication des verres. »

Amélie Morel (présidente du Silmo)

« Vif et ouvert d’esprit, pionnier et visionnaire, Bernard Maitenaz a toujours été disponible pour partager ses connaissances, pour échanger avec ses confrères, pour regarder l’avenir avec enthousiasme. Proche de la filière, il l’était aussi du Silmo. Dès la naissance des premiers Silmo d’Or en 1994, il a été un membre assidu des jurys, apportant son expertise affûtée sur la catégorie « verres ». Lors de la naissance de Silmo Academy en 2010, il a été un ardent participant au Conseil Scientifique, mettant son bon sens et sa clairvoyance au service des sciences de la vision. Passionné de recherche, toujours tourné vers l’avenir, son engagement sincère va beaucoup manquer à tous les professionnels qui ont eu la chance de le côtoyer. »

 

En 2007, acuite.fr a rencontré Bernard Maitenaz pour raconter l'épopée Varilux. (Re)découvrez cette vidéo