Un mouvement de grève a été lancé en fin de semaine dernière au sein du groupe EssilorLuxottica, dès jeudi 27 novembre au soir jusqu'au samedi 29, une mobilisation d'une ampleur rarement observée dans la filière. Pour la première fois, les principales entités françaises du groupe — Essilor, Luxottica et même GrandVision— auraient convergé autour d’un même mot d’ordre : le pouvoir d’achat. Une mobilisation qualifiée d’« historique » par plusieurs représentants syndicaux.

Un appel intersyndical inédit

À l’origine du mouvement : les premiers tours des négociations annuelles obligatoires (NAO), jugés insatisfaisants au regard des résultats record du groupe au 3ᵉ trimestre 2025.
L’ensemble des organisations syndicales d’Essilor, GrandVision et Luxottica — CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC et UNSA — ont soutenu l’appel.

« C’est unique pour nous. Tous les syndicats ont fondu en un bloc », résume Gilles Besia, délégué syndical CGT chez Essilor à Dijon.

 

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Piquet de grève sur le site Essilor de Dijon, vendredi 28 novembre 2025

 

Essilor : une mobilisation massive (80 à 90 % selon la CGT)

Si les chiffres officiels n’ont pas été communiqués par la direction, les échanges internes permettent aux syndicats d’estimer une participation entre 80 et 90 % sur l’ensemble des sites Essilor.

Samira Hassani, déléguée syndicale CGT chez Essilor, détaille :

  • Nantes : 70 % de grévistes parmi les conseillers commerciaux (hors encadrement et intérimaires), soit environ 25 personnes.
  • Toulouse : ~80 %.
  • Villeurbanne : ~80 %.
  • Wissous : ~80 %.
  • Dijon : ~90 %.
  • Les Battants (Ligny-en-Barrois) : ~80 %.
  • La Compasserie (Ligny-en-Barrois) : ~70 %.
  • Sièges (Créteil, Charenton, Ivry) : faible participation, en raison d’un public majoritairement cadre.

Au total, près de 500 salariés auraient participé à la grève dans l’entité Essilor, selon les estimations syndicales. Rappelons qu'EssilorLuxottica emploie environ 9 000 personnes en France. 

 

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Sur le site Essilor à Ligny-en-Barrois dans la Meuse

 

Luxottica : une mobilisation rare et marquante, notamment à Sophia Antipolis

Chez Luxottica France, la mobilisation a atteint un niveau inhabituel, en particulier sur le site de Sophia Antipolis, siège de l’entité en France et principal pôle des fonctions support (service client, crédit, ressources humaines…). Selon Cédric Ricard, délégué syndical CGT, 75 à 80 % des employés du site ont cessé le travail, soit 25 à 30 grévistes sur un effectif de 45 personnes. Fait notable : pour la première fois, le mouvement a également impliqué les attachés commerciaux, une trentaine d’entre eux ayant rejoint la grève — un niveau de participation exceptionnel pour cette population, qui ne mobilise habituellement « que cinq personnes dans les bons jours ».

 

GrandVision : 70 % de grévistes sur le site logistique de Nouan-le-Fuzelier

Du côté de GrandVision, la mobilisation s’est structurée autour du site de Nouan-le-Fuzelier, plateforme logistique alimentant les magasins GrandOptical et Générale d’Optique.

Yannick Nourrisson, délégué syndical CFTC et secrétaire du CSE, a compté 120 grévistes sur 167 salariés, soit environ 70 % de participation, avec deux créneaux de débrayage (11–13h et 13–15h).

« On avait déjà mené un mouvement similaire il y a deux ans, mais cette fois, la convergence avec Essilor et Luxottica donne une portée complètement différente », explique-t-il.

Dans les magasins GrandOptical, Générale d’Optique et Solaris, la mobilisation a été présente mais très éclatée, rendant difficile un comptage précis. Plusieurs équipes locales se sont néanmoins déclarées grévistes sur les journées de vendredi et samedi.

 

Des revendications centrées sur la revalorisation des salaires

Les demandes varient légèrement selon les entités, mais le cœur du message est le même : les salariés souhaitent une augmentation de leur salaire supérieure à ce qui leur a été proposé lors du 1er tour des NAO. Quelle que soit l'entité (Essilor, Luxottica, GrandVision et BBGR), les propositions étaient globalement les mêmes, de l'ordre de +1% à +2 % d'augmentation. Les syndicats souhaitent le double. 

Les revendications sont les mêmes quelle que soit l'entité du groupe : une revalorisation salariale significative, après plusieurs années de propositions oscillant entre 1 et 2 % malgré des performances financières « historiques » et des hausses de rémunération marquées pour le PDG Francesco Milleri.

« Parler en valeur plutôt qu’en pourcentage est indispensable, car les réalités salariales entre entrepôt, siège et magasins ne sont pas les mêmes », souligne Yannick Nourrisson.

L’entité BBGR, de son côté, n'a pas débrayé.

 

Deuxième round ce mardi et mercredi

Essilor et GrandVision tiennent leur 2e tour de NAO ce mercredi, et Luxottica ce mardi matin.

Ces NAO devraient déboucher sur une amélioration substantielle des propositions, sans quoi la grève pourrait reprendre dès jeudi.

Samira Hassani prévient : « Si le partage de la valeur n’est pas juste et équitable, ce type de mobilisation va se renouveler. »

Une grève qui marque un tournant social dans le groupe

La convergence simultanée d’Essilor, de GrandVision et de Luxottica constitue un signal rare et puissant dans la filière.

Au-delà du pouvoir d’achat, les salariés dénoncent un actionnariat salarié en recul, une absence de prime exceptionnelle malgré les profits, et un sentiment croissant d’injustice dans le partage de la valeur.

 

La direction du groupe France a souhaité réagir : retrouvez l'article ici