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Exclusif : Acuité a interviewé Marc Simoncini sur la loi Hamon

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Exclusif : Acuité a interviewé Marc Simoncini sur la loi Hamon

Ces dernières 24 heures Marc Simoncini (Sensee et Lentillesmoinscheres) a multiplié les déclarations à la presse grand public. Malgré les nombreuses sollicitations d'Acuité depuis le déclenchement des hostilités en mars dernier, c'était silence radio de son côté. Nous avons obtenu son interview hier soir et lui avons posé les questions qui concernent directement notre profession. Réponses.

 

 

 

Acuité : Les propositions de la loi Hamon, telle qu'elles ont été proposées par l'Assemblée Nationale, vous réjouissent-elles ?

Marc Simoncini : Oui elles me réjouissent. Depuis le début nous sommes demandeurs d'un cadre réglementaire. Nous n'avons jamais milité pour que l'optique on-line soit dérégulée et que ça devienne un marché complètement libre. Nous avons toujours souhaité travailler dans un cadre régulé avec comme règle d'or de ne pas favoriser les opticiens en dur par rapport aux opticiens sur Internet. La discussion autour de la loi Hamon dans ce sens-là nous réjouit parce que ça encadre le marché, d'une part, et ça rétablit une concurrence saine entre les magasins physiques et Internet, d'autre part.

 

Acuité : Qu'est-ce qui, selon vous, a conduit Benoît Hamon à déréguler le marché ?

M.S. Il ne dérégule pas le marché, au contraire il régule le marché Internet, et ce qui l'a poussé à prendre cette décision, je l'ignore.


AC : Avez-vous fait du lobbying ?

M.S. : Je n'ai jamais parlé avec le ministre. Ce que je sais, c'est que le marché français, à priori, représente une surfacturation d'environ 1 milliard d'euros et que le ministre de la Consommation, dans le cadre de cette loi sur la Consommation, a décidé que ce marché pouvait être réduit de 1 à 1,3 milliard d'euros et donc, que ce pouvoir d'achat devait être rendu aux consommateurs.


AC : C'est ce que vous annoncez depuis l'étude que vous avez sorti en mars, or depuis ce moment-là, la profession a le sentiment qu'il y a de l'agressivité vis-à-vis des opticiens...

M.S. : Nous n'avons pas sorti cette étude, nous l'avons commandité à deux chercheurs que je ne connais pas, que je n'ai jamais vu dans ma vie, et qui sont des professeurs émérites. Il n'y avait pas de données disponibles sur le marché de l'optique en France, nous leur avons donc demandé de compiler les chiffres de ce marché parce qu'on les ignorait. C'est ce qui a donné lieu à cette étude que nous avons publiée, mais qui n'est pas de notre fait. L'étude montrait en effet que le marché pouvait aisément baisser de l'ordre de 1 à 1,3 milliard d'euros.

 

AC : Nous avons même le sentiment parfois qu'il y a une corrélation entre ce que peuvent dire un certain nombre d'Ocam et les déclarations que vous faites à la presse grand public...

M.S. : Quand la vérité, c'est la vérité, les chiffres sont têtus ! On répète donc les mêmes puisque si c'est la vérité, il n'y que ceux-là à dire !

 

AC : Cette loi Hamon va-t-elle avoir une incidence sur votre activité ?

M.S. : Nous n'en sommes même pas sûrs ! Nous savons que dans les pays développés, Internet représente 4-5-6%, alors est-ce que ce sera 10% en France un jour, comme nous le pensons... Maintenant, l'agressivité envers les magasins, nous l'avons eu dans l'autre sens : nous ne comprenons pas pourquoi une profession à qui on vient expliquer qu'Internet va peut être un jour prendre 10%, déclenche de tels mouvements d'hostilité envers nous alors que finalement, tout le monde vit avec des concurrents qui prennent 5 à 10% d'un marché. Nous n'avons pas bien compris les réactions très brutales de la filière optique quand nous avons décidé de vendre des lunettes sur Internet.


AC : Mais finalement, tout le monde va perdre si le marché baisse

M.S. : Le marché va peut être baisser de 1 à 1,3 milliard d'euros qui sera rendu aux consommateurs.


AC : Vous avez déjà fait baisser les prix, aujourd'hui, notamment au niveau des lentilles...

M.S. : Mon ambition était de faire baisser le prix de l'optique en France, nous l'avons fait... Et quelque soit l'issue de la loi Hamon.


AC. : Comment en tant qu'E-opticien, voyez-vous le métier d'opticien « demain » ?

M.S. : D'abord, il faut arrêter de dire que nous ne sommes pas des opticiens, car chez Sensee, ce sont des opticiens qui travaillent, qui contrôle les ordonnances, qui prennent les mesures, qui taillent les verres, qui les montent et ce sont des opticiens qui les contrôlent. Sensee est donc un opticien, mais il se trouve qu'il n'a pas de boutique car à la place, il a un site Internet. Mais nous sommes des opticiens, et à ce titre-là, nous souhaitons être traités comme les autres opticiens, ni mieux ni moins bien !


AC : Vous vous êtes empoigné sur Twitter avec le Dr. Rottier par rapport à la question des prises de mesure, comment justement comptez-vous les mettre en place, sachant que tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas le boulot des ophtalmologistes ?

M.S. : Il y a en effet eu un malentendu, Mr Rottier pensait que nous demandions le demi-écart pupillaire, ce qui a l'air d'être un peu compliqué pour eux parce que ça prend 3 ou 4 minutes... Nous avons compris que 3 ou 4 minutes pour un ophtalmologiste, c'est très compliqué... Je ne sais pas dans quel monde ils vivent pour ne pas pouvoir passer 3 minutes sur un examen, mais admettons, ce n'est pas son métier, je ne me permettrai pas de juger. Nous, nous demandons juste l'écart pupillaire, ce qui prend 1 seconde. Les appareils le donnent, il suffit simplement de l'écrire sur l'ordonnance. Ensuite, munis de cette mesure, nous sommes capables de monter tous les types de verre.


AC : Aujourd'hui, les verriers acceptent-ils de vous fournir ?

M.S. : Nous aurons le plaisir très bientôt de travailler avec la quasi-totalité des grands fournisseurs de verres. Comme vous le savez, le refus de vente est illégal, donc les gens qui veulent rester dans la légalité sont obligés de prendre des décisions qui vont dans le sens de la loi...


AC : Comment cela va-t-il se traduire en termes de réduction au consommateur sur des verres de marques et de dernière génération ?

M.S. : Le projet de Sensee qui est le mien, consiste à vendre le même verre avec la même monture, deux fois moins cher qu'en magasin. C'est mon objectif.


AC : Quelle part de marché pensez-vous prendre ?

M.S. : Je n'en sais rien, nous pensons qu'Internet représentera 10% du marché optique à terme, mais combien Sensee en prendra ? je l'ignore.


AC. : En lentilles de contact, quelle est votre part de marché ?

M.S. : Nous vendons aujourd'hui une lentille sur dix en France, et nous pensons que, comme cela s'est passé partout ailleurs, Internet devrait faire basculer environ 50% de la vente de lentilles.

 

AC : Vous pensez donc atteindre vos objectifs...

M.S. : Largement oui. Nous nous sommes donnés 10 ans pour ce projet, ça fait 3, il me reste donc 7 ans encore pour atteindre les 5 à 10% !

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Écrit par la Rédaction
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