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Loi Conso : les ophtalmologistes refusent « d'inscrire une mesure sur les ordonnances qui s'avérera superfétatoire »

Loi Conso : les ophtalmologistes refusent « d'inscrire une mesure sur les ordonnances qui s'avérera superfétatoire »
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« Les sénateurs vont rajouter de la pénurie là où il y en a déjà ... » C'est ce qu'indique dans un communiqué, reçu par notre rédaction, le président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof). Alors que la Commission des affaires économiques du Sénat soutient la mesure introduite par les députés dans le projet de loi relatif à la consommation, le Dr. Jean-Bernard Rottier, estime que « la mesure de l'écart inter-pupillaire, imposée aux ophtalmologistes, risque d'aggraver la pénurie de médecins alors même que les opticiens sont disponibles et parfaitement qualifiés pour réaliser cette mesure ».

Il précise : « tous les magasins d'optique sont déjà équipés pour réaliser la mesure de l'écart pupillaire car les opticiens effectuent systématiquement cette mesure avant la réalisation de lunettes. Pour la connaître, les patients peuvent la demander à leur opticien car ils l'ont payé lors de l'achat de leur équipement. Pourquoi vouloir imposer aux médecins, déjà surchargés, ce qui relève de la compétence des opticiens et qui se révélera inutile dans l'immense majorité des cas ? ».

Dans un courrier adressé hier, lundi 20 janvier, aux sénateurs, le président du Snof tape du poing sur la table : « Que ce soit dit: nous ne consacrerons pas 30 minutes par jour à cette mesure, au détriment de patients qui ont besoin d'être soignés. Nous avons ainsi un devoir de désobéissance: nos patients sont prioritaires et nous aurons leur soutien ».


Le Snof s'oppose toujours à l'allongement de validité de l'ordonnance

Dans sa lettre, le Dr. Rottier continue : « Deuxième aberration, vous imaginez qu'étendre le délai de validité de l'ordonnance de trois à cinq ans va résoudre la question des délais d'attente. Vous écrivez, dans l'exposé des motifs, qu' ‘aucune donnée ne laisse à penser que le relèvement de trois à cinq ans de la faculté d'adaptation des opticiens-lunetiers présenterait un risque en termes de santé publique'. Mais avez-vous pris la peine de vous renseigner ? Si vous aviez interrogé l'Académie de Médecine ou la Haute Autorité de Santé, elles vous auraient donné les références d'études épidémiologiques internationales qui montrent la nécessité d'être vu par un ophtalmologiste tous les 2 ans, à partir d'un certain âge et compte tenu des antécédents de la personne, pour dépister les maladies asymptomatiques pouvant avoir des conséquences irréversibles, comme le glaucome ou la DMLA ».


« Le passage au délai de validité de 3 ans, en 2007, n'a en rien permis de soulager les délais d'attente car l'ajustage de verres correcteurs n'est certainement pas le motif premier de consultation, souligne-t-il. L'extension à 5 ans n'a aucune chance d'avoir un impact plus fort mais en revanche retardera le diagnostic des maladies oculaires graves ». Quelle est l'étape suivante: supprimer la nécessité de l'ordonnance ainsi que tout dépistage précoce des maladies oculaires ? ».

 

« Vous avez perdu tout sens critique »

« Alléchés par la promesse d'un vendeur de lunettes en ligne, qui vous fait miroiter le chiffre insensé d' 1 milliard d'euros de pouvoir d'achat rendu aux Français, il me semble que vous avez perdu tout sens critique. Vous voulez utiliser notre caution médicale pour valoriser une solution de vente en ligne qui va détruire le secteur de l'optique traditionnelle, que vous ne parvenez pas à réguler. Or, pour diminuer le coût des lunettes, des mesures simples existent. Interdire la publicité, par exemple, permettrait d'économiser 60€ par équipement ! (soit "600 millions de pouvoir d'achat rendus aux Français", puisque l'heure est aux calculs inconsidérés). »


« Nous refusons d'acheter de nouveaux appareils inutiles à l'exercice de notre métier de médecins, et nous refusons d'inscrire une mesure sur les ordonnances qui s'avérera superfétatoire dans l'immense majorité des cas, alors que nos salles d'attente sont pleines et que nous peinons à répondre aux urgences médicales, insiste le président du syndicat. Vos mesures sont déconnectées de la santé publique et de la réalité de terrain ; nous ne manquerons pas de le faire savoir à nos patients, qui sont vos électeurs ».

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